Séralini, roi de la com’ (3)

L’étude sur les rats de Séralini continue de faire jaser,  notamment sur l’utilisation des statistiques.

Explications chez Weed Control Freaks (en anglais) mais aussi en français et de façon très visuelle chez Bactérioblog qui conclue son article par un comic strip salutaire de XKCD.

Science Presse Québec rappelle les règles du journalisme scientifique. S. Huet réagit de la même façon à la manipulation des médias par le CRIIGEN:

Chaque fois que de telles opérations de communications ont été montées, elles correspondaient à une science médiocre. Entraînant réfutations et non confirmations. […] De mauvais moyens ne peuvent servir à de bonnes fins.

Dommage que sa conclusion amène à penser que l’on puisse se passer intégralement d’herbicides:

Ironie de l’affaire: le lendemain de son déclenchement, Libération publiait deux pages exposant une solution radicale au problème soulevé par Gilles-Eric Séralini. Une étude de l’INRA, poursuivie sur douze ans, prouvant qu’il est possible de se passer d’herbicides pour nos grandes cultures, sans en altérer fortement les rendements. Plus d’herbicides, plus de plantes résistantes aux herbicides… et Monsanto perd son marché.

D’une part l’industrie des biotechs végétales a bien d’autres traits que celui de la résistance au glyphosate dans ses tiroirs. Glyphosate qui est de toute façon tombé dans le domaine public il y a plus de 10 ans. D’autre part, l’homme a inventé les mauvaises herbes en même temps que l’agriculture et depuis 10 000 ans il n’a toujours pas trouvé de solution miracle.  Enfin la conclusion de papier de l’INRA est très mesurée, j’y reviendrai dans un prochain billet.

Une semaine après le plan com’ du CRIIGEN la critique vient naturellement des grandes revues scientifiques. Nature en parle à deux reprises. Un premier article qui conclue fort justement:

Polarized debates, not GMOs, are the poison to be avoided.

Un second article explique que Séralini et son pote Spiroux ont écrit à Nature pour protester contre les critiques:

In a written response to Nature’s questions, Séralini and Joël Spiroux de Vendômois, president of CRIIGEN and a co-author of the paper, say that they have been surprised by the “violence” and immediacy of scientists’ criticisms. They argue that most of the critics are not toxicologists, and suggest that some may have competing interests, including working to develop transgenic crops.

Selon eux la majorité de leurs contradicteurs ne sont pas toxicologues. C’est vrai, mais Séralini n’avait pas toxicologue dans son équipe non plus…

On apprend aussi que l’éditeur de Food and Chem. Tox. n’a pas constaté de problème durant l’évaluation du papier de Séralini. Mieux que ça, il voulait des études indépendantes sur le sujet. Celle de Séralini devait tomber à point nommé. Qui sait les deux chercheurs partagent peut-être la même phobie du complexe agro-semencier.

José Domingo, a toxicologist at Rovira i Virgili University in Reus, Spain, and a managing editor of Food and Chemical Toxicology, says that the study raised no red flags during peer review. Domingo, who last year authored a critical review of safety assessments of GM plants4, has previously complained about the lack of independent feeding studies of GM foods.

L’article de Nature explique que Séralini ne dévoilera ses données que si Monsanto fait la même chose pour le NK 603. Ça risque de prendre du temps:

But Séralini says he won’t release his data until the raw data underpinning the authorization of NK603 in Europe are also made public.

Je vais faire ma petite théorie du complot (c’est mal je sais). Il se pourrait que Séralini ne veuille pas l’interdiction des OGM. Il fait traîner les choses devant la justice en renvoyant dos à dos les firmes et les agences sanitaires européennes. Ça lui laisse le temps de marquer les esprits avec son livre et son film: les gens seront donc persuadés d’être empoisonnées par les OGM. Cette campagne de com’ touchera l’Europe mais surtout l’Amérique où la Californie va voter une loi concernant l’étiquetage des OGM. Ainsi il fait peur à des millions d’hypocondriaques à travers le monde. Ces gens vont vouloir se soigner. Ils vont trouver le livre de Séralini, Nous pouvons vous dépolluer, en librairie. Livre qui va diriger le lecteur vers des remèdes dépolluants vendus pas Sevene Pharma, connue pour participer aux travaux de Séralini. La boucle est bouclée et les anti-tous s’en mettent plein les poches.

6 réflexions au sujet de « Séralini, roi de la com’ (3) »

  1. cdc

    Ce n’est pas de la complotite, c’est une hypothèse intéressante et même assez convaincante. Je me demande si le CRIIRAD vend des combinaisons protectrices aux « radiosensibles »…

    Répondre
    1. boblesilencieux Auteur de l’article

      En tout cas Séralini a réussi en une semaine à tellement énerver les chercheurs qu’il ont publié une réponse collective dans Le Monde: http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/09/27/pour-un-debat-raisonne-sur-les-ogm_1766673_3232.html
      Je pense qu’il va avoir du mal à publier maintenant…

      Concernant le CRIIRAD il faudrait mener une enquête. Il serait étonnant qu’ils n’aient pas trouvé un petit débouché lucratif ;)

      Répondre

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