Séralini, roi de la com’ (1)

Mercredi 19 septembre est un jour qui restera gravé dans la mémoire des anti-OGM. Leur messie, le génialissime Séralini, a publié une étude prouvant la dangerosité des OGM. Il a facilement embobiné les journaux français avec la mise en place romanesque de son étude:

  • Semence OGM venant d’un lycée agricole canadien et cultivée à l’abri des regards;
  • Chiffrage (et oui, cryptage est un anglicisme) des courriels, interdiction des communications téléphoniques;
  • Mise en place d’un labo quasi-clandestin;
  • interdiction des téléphones portables lors des réunions;
  • Etc…

Il ne manque plus qu’une hackeuse à moto et le journaliste pseudo-scientifique du Nouvel Obs se retrouverait propulsé dans un polar suédois.

Évidemment tous les journaux à sensation français ont enchaîné sans même avoir pu lire l’étude, car elle n’est parue qu’en fin d’après midi dans Food and Chimical Toxicology. Libération a suivi la couverture alarmiste du Nouvel Obs sans même se soucier du passif du chercheur pourtant connu pour sa flawed science dans le monde entier. Forbes (traduction ici), lui a même dédié un article. Les tours de magie statistique ont, quant à eux, déjà été dévoilés sur le blog d’Imposteurs (Illusion statistique 1, 2 et 3).

Par ailleurs, les journalistes – obnubilé par la com’ du CRIIGEN – ont perdu l’occasion de parler de deux autres études (Liu et al. ; Qi et al.) démontrant l’innocuité de certains traits OGM du maïs et du soya. Est-ce du chauvinisme ou bien un manque cruel d’investigation ?

Dans Le Monde, pas vraiment plus sceptique, Séralini réussit à conclure que:

…la construction génétique de l’OGM entraîne la modification d’une enzyme (dite ESPS synthase) impliquée dans la synthèse d’acides aminés aromatiques ayant un effet de protection contre la cancérogenèse.

C’est fort, surtout quand on sait que l’EPSP synthase n’est aucunement mesurée dans l’étude. Notons que seul Reuteurs a fait un travail réellement neutre. Heureusement la communauté scientifique n’a pas tardé à réagir.

Science et avenir a eu la bonne idée d’interviewer un toxicologue de l’INRA qui n’avait jamais vu de telles tumeurs sur les rats de toute sa carrière. À juste titre il remarque qu’il n’y a aucun détail sur le régime alimentaire. D’ailleurs les pratiques culturales du maïs NK 603 sont, elles aussi, succinctes et on ne sait quels sont les résultats des analyses post récolte (taux de mycotoxines, DON…).  Le toxicologue de l’INRA signale également que l’équipe de Séralini n’a pas jugé utile d’engager un de ses collègues. Peut-être qu’un Ph. D en biologie moléculaire suffit à mener à bien une étude toxicologique qui sait.

L’AFIS également rapidement régit en soulignant:

Qu’en science, un seul article, quel qu’il soit et quel qu’en soit l’auteur, ne fait pas la vérité. La science, c’est la reproductibilité des expériences. Il y a de nombreux exemples de textes publiés, parfois dans des revues prestigieuses, médiatisés avec fracas, et qui n’ont pas résisté à l’examen.

Séralini va donc devoir, comme il le disait dans Le Monde, fournir son protocole exact et ses données brutes. Sauf que durant la nuit de mercredi à jeudi il aurait changé d’avis et refuse que l’Efsa mette sont nez dans ses données. Aurait-il peur que son expérience ne soit impossible à reproduire et que la critique scientifique ternisse son aura de lanceur d’alerte ?

Les média internationaux ont également fait un bon travail d’investigation. Science media centre a interviewé plusieurs chercheurs. Leurs commentaires (en vrac) sont hautement instructifs:

  • The lack of a dose response effect is argued by the authors to be indicative of a “threshold” effect. This is an extrapolation of their findings and could only be determined by intermediate dosing. The photographs are very graphic, but do not include a control. Sprague-Dawley rats frequently develop mammary tumours in well-fed controls.
  • All the comparisons are made with the ‘untreated’ control group, which only comprised 10 rats of each sex, the majority of which also developed tumours. Superficially they appear to have performed better than most of the treated groups (although the highest dose GMO and Roundup male groups also fared well), but there is no proper statistical analysis, and the numbers are so low they do not amount to substantial evidence.
  • We have to ask whether a diet with this level of maize is normal for rats. Another control with an alternative diet should have been included. 
  • The data from the control group fed non-GM maize is not included in the main figures making it very difficult to interpret the results.
  • These figures for normal appearance of tumours in these rodent lines are surely available and using a line which is very susceptible to tumours can easily bias any result. To be frank it looks like random variation to me in a rodent line likely to develop tumours anyway.
  • Like most of the GM debate, this work has very little to do with GM. The authors of the paper do not suggest that the effects are caused by genetic modification. They describe effects of the roundup herbicide itself and effects that they attribute to the activity of the enzyme introduced into the roundup resistant maize.
  • Most toxicology studies are terminated at normal lifespan i.e. 2 years. Immortality is not an alternative. 
  • This strain of rat is very prone to mammary tumours particularly when food intake is not restricted.
  • One concern is whether there were mycotoxins in the maize meal because of improper storage. Zearalanone is a well know phytoestrogen produced by filamentous fungi that grow on maize.
  • If the effects are as big as purported, and if the work really is relevant to humans, why aren’t the North Americans dropping like flies?! 
  • And if the effects are as big as claimed, why have none of the previous 100+ plus studies by reputable scientists, in refereed journals, noticed anything at all? 

L’Agence science presse (Québec), résume les commentaires ci-dessus et conclue:

Au final, l’étude plaît d’ores et déjà à ceux qui veulent y croire — c’est le syndrome de la recherche unique —, mais ne répond pas aux critères permettant d’en tirer des conclusions solides. […]  La recherche, parue dans la revue Food and Chemical Toxicology, aurait été financée par le Criigen, un organisme lui-même financé par des militants anti-OGM.

En effet le CRIIGEN a une notion d’indépendance tout à fait particulière. Être sponsorisé par Carrefour – qui fait huit fois plus de chiffre d’affaire que Monsanto – et Auchan ne lui pose pas problème d’intégrité.

Les curieux trouveront des informations mises à jour sur le blog d’Imposteurs et sur le blog de M. Kuntz qui avait déjà publié une méta-étude sur le sujet.

Pour finir, je fais mienne la conclusion d’Hervé Kempf, journaliste plus-que-vert du Monde:

L’étude publiée le 19 septembre marque un tournant dans la carrière de M. Séralini. Si sa qualité est validée, il prendra une nouvelle stature. Sinon…

2 réflexions au sujet de « Séralini, roi de la com’ (1) »

    1. boblesilencieux Auteur de l’article

      Vous croyez bien ;)

      À propos d’EPSP, comment faire le distinguo entre la toxicité du glyphosate pur et celles des adjuvants contenus dans la préparation commerciale?

      Répondre

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s